Denise99 Amusement
Céramique, impression 3D et autres matériaux
2026
J’ai toujours aimé inventer des univers. Un matin de préadolescence, collé contre le calorifère de la cuisine avec mon Game Boy, l'ami de mon grand frère me rejoint et on passe deux heures à peindre des figurines Warhammer avant le réveil du reste de la maison. Dans les années qui suivent, j’écris l’immense lore d’un jeu de rôle sci-fi que je ne finirai pas. Parfois, je suis nostalgique de cette période où j'avais la tête remplie d'histoires fantastiques.
En octobre 2025, je découvre une article du genre «ChatGPT panique face à un émoji inexistant d'hippocampe». Les utilisateurs qui en font la requête provoquent un délire fascinant, entre hallucination et déni. En cause, l'effet Mandela, cette fausse mémoire collective partagée par des internautes convaincus que cet émoji a déjà existé, absorbée depuis les forums en ligne par les grands modèles de langage d’intelligence artificielle entraînés sur l’ensemble du web. Je tombe dans le le rabbit hole de l'hippocampe.
C'est là que je rencontre Denise.
L'Hippocampus Denise, nommé en l'honneur de celle qui l'a découverte, est une espèce de cheval de mer pygmée mesurant moins de deux centimètres. Rabougrie, bosselue, Denise semble être en basse résolution… Un véritable glitch de la nature?
L'obsession s'installe rapidement. Nuit et jour, je pense à Denise. J'en façonne, j'en génère, j'en imprime, j'en fais des mèmes, des poèmes, des chansons et des dessins. Je travaille de manière itérative, dans un va-et-vient constant entre les outils numériques et manuels. Comment remercier Denise pour cette lancée créative? Ah! Une glissade peut-être? Je pense à La Pitoune, ce manège emblématique de La Ronde. Certaines rumeurs disent que le mot viendrait de Happy Town, désignant le village où les draveurs allaient se divertir pendant leurs congés. Le parc d'attractions, comme le casino, sont des lieux pré-algorithme qui opèrent d’une manière curieusement similaire aux plateformes numériques d’aujourd’hui.
Symptôme d'une culture terminally online, mon approche artistique se décline autour de retours constants entre l'ordi et l'atelier. Je m’intéresse à comment l'intelligence artificielle et l'impression 3D peuvent renouveler les pratiques sculpturales et installatives. Je crée mes œuvres par la superposition d'interventions, de matériaux et de techniques variées, visant à produire des objets stratifiés, énigmatiques et séduisants.
Entités biomorphiques déviantes, artéfacts techno-douteux et machines dysfonctionnelles, elles sont le résultat de longues séances méticuleuses d'hyperfocus, régulièrement perturbées d’actions impulsives ou impatientes. J'emprunte aux mèmes Internet leurs stratégies de remix, d’humour et de détournement. Je m’inspire des jeux vidéo, de la science-fiction et de la musique métal, ainsi que de récits occultes ou conspirationnistes promulgués par les charlatans, les bots, les fraudeurs et les influenceurs des recoins perdus du Web.
Je souhaite célébrer la beauté insaisissable du geste artistique, intuitif et incarné, au contact avec la matière. Partager mon processus et mes constructions alambiqués avec le public pour un moment de découverte ou d’échange. L’art est un lieu précieux permettant de désobéir, d’avoir espoir, de se guérir ou simplement… d’avoir du fun. Indicateur : si je glousse souvent en faisant mon travail, je sais que je suis sur la bonne voie.
Denise99 Amusement
Ceramics, 3D printing and other materials
2026
I have always loved building worlds. One morning during my pre-teens, pressed against the kitchen radiator with my Game Boy, my older brother's friend joins me so we can spend two hours painting Warhammer minis before the rest of the house wakes up. In the years that follow, I write the sprawling lore of a sci-fi role-playing game that I will never finish. Sometimes, I feel nostalgic for that period when my head is filled with fantastic stories.
In October 2025, I stumble upon an article along the lines of "ChatGPT panics when confronted with a nonexistent seahorse emoji." Users who request it trigger a fascinating delirium, somewhere between hallucination and denial. At the root of it is the Mandela Effect, a shared false memory among internet users convinced that this emoji once existed, absorbed from online forums by large language models trained on the entire web. I dive into the seahorse rabbit hole.
That is where I meet Denise.
Hippocampus Denise, named in honour of the person who discovered it, is a species of pygmy seahorse measuring less than two centimeters. Shriveled and bumpy, Denise seems low-res. A true glitch of nature?
The obsession sets in quickly. Night and day, I think of Denise. I shape them, generate them, print them, turn them into memes, poems, songs, and drawings. I work iteratively, in constant back and forth between digital and manual tools. How can I thank Denise for this creative momentum? A fun slide, perhaps? I think of La Pitoune, an iconic ride of my childhood at La Ronde, the amusement park in Montreal. Rumors suggest the word comes from "Happy Town," designating the village where log drivers go for entertainment during their time off. Amusement parks, like casinos, are pre-algorithm spaces that operate in a manner curiously similar to today's digital platforms.
A symptom of a terminally online culture, my artistic approach unfolds by jumping between the computer and the studio. I am interested in how artificial intelligence and 3D printing renew sculptural and installation practices. I create my works through the layering of interventions, materials, and techniques, aiming to produce stratified, enigmatic, and seductive objects.
Deviant biomorphic entities, techno-dubious artifacts, and dysfunctional machines result from long, meticulous sessions of hyperfocus, regularly disrupted by impulsive or impatient actions. I borrow from internet memes their strategies of remix, humour, and subversion. I draw from video games, science fiction, metal music, as well as from occult or conspiratorial narratives promoted by charlatans, bots, scammers, and influencers from the lost corners of the web.
Through my work, I aim to celebrate the elusive beauty of the artistic gesture, intuitive and embodied, in contact with matter. I share my convoluted process and constructions with the public for a moment of discovery or exchange. Art is a precious space for disobedience, hope, healing, or simply... having fun. Vibe check : If I giggle while doing my work, I know I am on the right track.